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Le conseil vu par les jeunes talents

“Il y a presque tout ce que j’aime dans le conseil, et pourtant…”.

4 minutes de lecture

Il y a quelques années, la figure du consultant remplaçait celle du trader dans le coeur des jeunes talents ambitieux de grandes écoles. Le conseil attire d’ailleurs toujours beaucoup aujourd’hui : le métier de consultant est encore le plus représenté à la sortie des écoles de commerce et d’ingénieurs.

Pourtant, au-delà des chiffres, force est de constater que l’intérêt pour les cabinets de conseil s’est atténué, en particulier pour les cabinets de moyenne ou de petite taille. En témoigne la difficulté croissante de ces cabinets à recruter et à retenir les talents.

Notre cabinet de conseil en recrutement, Upward Consulting, a voulu creuser le sujet.

À quoi correspond cette baisse d’intérêt ? A un effet de mode passager, ou à une tendance durable sur le marché du travail ? A des exigences nouvelles de la part des jeunes talents, ou à un simple besoin d’ajustement de l’image de marque des cabinets ?

Face aux avis variés, Upward Consulting a mené l’enquête et est allé questionner des jeunes talents pour comprendre leurs points de vue : des consultants ainsi que Chloé Schemoul qui s’est spécialisée sur les attentes professionnelles des jeunes générations.

1. Un constat indéniable : Le conseil plaît encore.

Selon l’enquête Insertion de la Conférence des Grandes Écoles de 2018, le conseil est le choix de 18% des nouveaux diplômés d’écoles de commerce (+3,8 ppt en 5 ans), et de 16% des nouveaux diplômés d’écoles d’ingénieurs (-3,8 ppt en 5 ans) toutes écoles confondues. Selon les questionnaires auto-administrés des Parisiennes (HEC, ESSEC, ESCP Europe), ce sont jusqu’à 32% des nouveaux diplômés qui deviennent consultants.

Le conseil est toujours le premier
choix à la sortie des grandes écoles.

32%
4 ans
+10%
Des étudiants des 3 parisiennes y ont commencé leur carrière en 2019 La durée moyenne en poste dans les Big 3 La croissance des effectifs des Big 3 en 2019

Les chiffres varient, mais toutes les études d’orientation ont un point commun : le conseil est le premier choix à la sortie des grandes écoles, devant la finance pour les profils commerciaux et devant les technologies de l’information et de la communication pour les profils ingénieurs.

De nombreux étudiants de grandes écoles prévoient d’ailleurs de postuler en cabinet de conseil longtemps avant leur diplomation.

Marie, diplômée d’HEC en 2017 et consultante en stratégie dans un big 3 aujourd’hui, nous a, par exemple, expliqué avoir “intégré dès la deuxième année d’HEC un groupe d’étudiants pour s’exercer ensemble aux cas de conseil en stratégie”. De quoi remettre en question l’idée que le conseil serait un “non-choix” pour les jeunes diplômés.

Le BCG reste d’ailleurs le premier employeur à la sortie d’HEC, et 70% des étudiants d’HEC y postule.

 

Cet intérêt marqué et pérenne des jeunes talents pour le métier de consultant se justifie néanmoins autrement que par les chiffres. Les apports du conseil déjà bien connus demeurent inchangés depuis des années : le niveau de rémunération est élevé, la courbe d’apprentissage est extrêmement rapide, le réseau que l’on y développe est très qualitatif, et les responsabilités élevées permettent d’être exposé auprès de CEO et d’avoir un parcours international.
En somme, des caractéristiques tout à fait alignées avec les nouvelles exigences des jeunes générations.

2. Le conseil répond à beaucoup des exigences des nouvelles générations.

Chloé Schemoul, diplômée de l’ESCP en 2016, qui a étudié les nouveaux rapports au travail et la réorientation dans Le Manuel de l’Affranchi, considère que les désirs de ceux qui se réorientent et de ceux qui choisissent le conseil se rejoignent en de nombreux points, même si ce n’est pas toujours intuitif.

Elle cite notamment l’envie d’apprendre sans cesse sur de nouveaux sujets, d’avoir des missions professionnelles variées, et d’avoir de l’impact au quotidien.

Concernant l’apprentissage permanent, le témoignage de Charlène illustre bien le propos. Diplômée de Polytechnique en 2013, ex-consultante dans un des Big 3 et aujourd’hui manager en startup tech, elle garde un excellent souvenir de ses trois ans de conseil.

Ce qu’elle a préféré, c’est d’avoir dû étudier rapidement les secteurs très variés des clients qu’elle a accompagnés, “depuis l’aéronautique jusqu’aux médias en passant par la FinTech et le luxe”. Elle précise d’ailleurs que cet aspect lui manque dans son poste actuel en startup où la courbe d’apprentissage est moins rapide.

Au-delà de la variété des expériences, quid de l’impact et du sens, que les jeunes diplômés réclament plus que jamais ? Selon les missions, l’impact de la mission ne semble pas toujours au rdv aux yeux des jeunes talents. Pourtant le conseil permet parfois d’avoir un impact conséquent sur les stratégies environnementales ou sociales de clients majeurs.

C’est le cas de Marie, par exemple dont la mission actuelle est d’aider un industriel de l’agro-alimentaire à créer des steaks végétaux qui imitent la viande à partir de soja. Elle accompagne son client dans tout le processus de conception et de production, qui se déroule en Chine. Elle précise : “quand je compare l’impact écologique de cette mission à celui de mes amis qui rejoignent l’économie sociale et solidaire, je me dis que j’en ai peut-être plus qu’eux !”.

Le conseil ressemble donc par certains aspects à l’employeur idéal pour les nouvelles générations.

Pourtant, la relation entre les jeunes diplômés et le conseil semble moins évidente qu’autrefois. Pourquoi ?

faire carrière dans le conseil

3. Les reproches que les jeunes talents font aux cabinets de conseil.

\ La relation entre les jeunes talents et le conseil s’érode-t-elle ? /

Il n’y a pas d’étude qui mesure et communique publiquement sur la baisse d’intérêt des talents pour le conseil. À date, on ne peut que s’en tenir à constater les différents signaux.

Dans les accusations sévères qui semblent se répandre, on entend que le conseil serait le reflet d’un tremplin de carrière forcé, ou encore le reliquat d’une mode qui est en train de passer.

Selon Chloé Schemoul, les avis se polarisent dès les couloirs des grandes écoles. “Malgré les points communs objectifs entre les envies exprimées et les métiers du conseil, la figure du consultant est de plus en plus attaquée. Il y a un rejet quasi idéologique de certains, qui rattachent systématiquement le terme de bullshit job à l’image du consultant”.

Peut-être en miroir de ces idées reçues, les cabinets de conseil font face à une difficulté croissante à attirer et retenir les jeunes talents. Certains cabinets de conseil se plaignent de recevoir moins de candidatures, d’autres regrettent d’attirer des profils trop peu motivés, ou encore de recruter des collaborateurs qui s’avèrent peu fidèles.

Les cabinets de conseil ne sont bien sûr pas les seuls à souffrir de la baisse d’intérêt d’une partie des jeunes talents.

Certains reproches sont ainsi répandus dans le marché du travail en général, tandis que d’autres sont plus spécifiques au conseil, ou en tout cas à l’image perçue du conseil.

Quels sont-ils ? Et comment réagir ?

 

\ L’image du conseil semble particulièrement associée au manque d’autonomie et de vision éthique. /

Selon Chloé Schemoul, deux types de reproches particulièrement récurrents à l’égard du conseil : “le manque d’autonomie d’une part, et le manque de vision éthique d’autre part”.

Gabriel, diplômé de Centrale en 2016, ex-consultant, regrette par exemple que ses missions de conseil lui aient été imposées sans égard de ses préférences pour tel ou tel secteur.

Aujourd’hui restaurateur à succès, il explique d’ailleurs que c’est ce manque d’autonomie qui l’a incité de se lancer dans l’entrepreneuriat, “pour décider d’où mettre [s]on énergie”.

Si cette critique aurait pu être adressée à bien des métiers, elle met surtout l’accent sur une aspiration d’autonomie très forte chez les jeunes cadres. Ce qui nous semble logique vu qu’ils sont effectivement exposés beaucoup plus fortement que par le passé, à des discours prônant la responsabilisation des plus jeunes, le rejet de la hiérarchie ou encore le contrôle de son agenda professionnel via l’entrepreneuriat. Il nous semble essentiel d’avoir en tête cette évolution au moment de les recruter.

De son côté, c’est pour pouvoir mieux gérer son mode de vie que Charlène a quitté son cabinet de conseil et rejoint une startup.

“C’est le jeu du conseil, les clients ont toujours des missions urgentes qu’ils réclament au dernier moment, donc nos horaires sont imprévisibles. Pendant les gros rush, c’est ma vie sociale qui en pâtissait. Et pendant les creux, il m’arrivait même de m’ennuyer”.

Sur ces 2 dimensions, les solutions ne sont pas évidentes: donner aux consultants le choix de leurs missions ? Imposer des délais d’exécution plus longs à ses clients ? Ces scénarios nous semblent très peu activables. Tout choix de carrière comprend son lot de contraintes.

 

\ Vision éthique et sens. /

L’autre reproche associé à l’image du conseil, le manque de vision éthique, paraît plus facilement actionnable.

Chloé Schemoul précise ainsi que “l’autre envie croissante des jeunes talents dans tout le marché du travail, c’est l’envie de sens, de contribuer à une mission utile pour la société ou la planète”.

Concernant le conseil, elle précise que “certains jeunes diplômés vont jusqu’à considérer qu’un cabinet de conseil ne peut par essence pas avoir de vision puisqu’il se propose de répondre à n’importe quel problème de n’importe quelle entreprise”.

Plusieurs cabinets de conseil travaillent cependant déjà sur leur vision et leur impact global, et les jeunes talents en prennent conscience.

Charlène précise par exemple que son ancien cabinet s’est doté d’une branche “responsable” qui est spécialisée dans les missions de responsabilité sociale d’entreprise.

Compte-tenu de cela, pour soigner leur réputation auprès des jeunes talents, les cabinets de conseil gagneraient à communiquer davantage sur l’impact bénéfique qu’ils délivrent à leurs clients, et à témoigner de leur engagement sur des questions sociales ou notamment leurs actions pro-bono. Cette évolution, déjà à l’œuvre, pourrait être plus marquée et d’ailleurs pourrait pousser les cabinets à retravailler fondamentalement leur image de marque employeur.

 

\ Faut-il se détacher de l’image globale du consulting pour améliorer sa marque employeur ? /

Comme le précise Chloé Schemoul, qui conseille des entreprises sur leur marque employeur, “l’amélioration de la marque employeur auprès des jeunes talents passe généralement par une vision d’entreprise plus claire, une organisation plus souple, mais aussi une image de marque mieux positionnée et, souvent, plus engagée”.

Libre à chacun de décider de retravailler ou non son organisation, notamment sur les sujets d’autonomie et de mode de vie évoqués, avec les changements structurels que cela suppose.

En revanche, il serait dommage de négliger son brand marketing, et sa marque employeur qui sont de fait aujourd’hui un levier actionnable à effet immédiat sur l’attractivité des jeunes talents.

D’après Chloé Schemoul, si l’isomorphisme des marques de conseil a été un vecteur de crédibilité jusqu’à maintenant, c’est peut-être son talon d’Achille aujourd’hui, en tout cas vis-à-vis de leurs recrues potentielles, parce que cela les empêche à date d’avoir une image de marque forte et bien positionnée. Bien sûr, les cabinets de conseil qui bénéficient déjà d’une marque forte semblent être moins concernés par cette évolution nécessaire. Mais ils ne restent pas à l’abri de la progression d’acteurs du conseil plus créatifs ou inventifs.

Quel que soit votre plan d’action pour rester attractif auprès des jeunes talents, nous espérons que cet article pourra vous inspirer.

 

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